1929 Great Depression Cold Case 11 : 1925 Make England Great Again

16/12/2020

Je sens intuitivement que vous allez me taxer de plagiat voir de créateur à la noix de titre racoleur . Il n'en est rien je tiens à vous l'affimer. Si votre dévoué serviteur avait de lui-même , sorti de son imagination féconde cette association de mots , c'eût été à la limite du scandaleux j'en conviens. Je n'ai fait que reprendre une formule du biographe de Montagu Norman Andrew Boyle P 182 lorsqu'il s'est agi de traiter ce que pensait Norman de l'arrimage de la livre Slerling à l'or en 1925, me voilà disculpé.

Norman utilisant a plein son charme magnétique avait commencé à tisser sa toile de relations personnelles. Etaient elles si désintéressées que la personnalité excentrique du gouverneur de la banque d'Angleterre ait bien voulu le faire croire, rien n'est moins sur. Il avait commencé à nouer des liens qui s'avéreront par la suite bien forts avec Schacht cf 1929 Great Depression Cold Case 9 : 1923-1924. Internationalisme ou protectionnisme ??, il s'était fait un ami de Benjamin Strong avec qui il passait des vacances et était particulièrement proche de JP Morgan , pour ne citer que les plus influents.

Le plan Dawes (cf 1929 Great Depression Cold Case 10 : 1924. Highway to Hell) permettait d'entrevoir la remise sur les rails de la situation financière de l'Allemagne qui aurait pu sembler être pour le non initié le but recherché par Norman. Mais comme de bien souvent chez lui tout n'était pas direct et derrière la façade d'un central Banking coopératif , se tapissait dans les arcanes d'une personnalité particulièrement complexe l'ombre de son but ultime, l'œuvre de sa vie , le retour de l'Angleterre au premier plan .

Le masque s'était déjà quelque peu  baissé , ce n'est pas forcement de mode ces temps ci ni à l'époque , et avait laissé entrevoir les intentions du gouverneur. A la city de Londres , et plus particulièrement à la banque d'Angleterre, les propositions qui auraient obligé l'Allemagne à transférer une part significative de ses soldes Londoniens vers New York était purement inacceptable . De tels transferts non seulement auraient pu réduire le business Londonien mais qui plus est auraient écarté d'autant plus le taux Sterling dollar du symbolique £= $4,867 . le but financier international de l'Angleterre requerrait au minimum que rien ne soit inscrit dans les statuts de la Reichsbank réformée qui puisse dissuader ou empécher l'Allemagne de détenir une part de ses réserves internationales à Londres, même lors de la période précédent le retour de l'Angleterre à l'or.

Un but plus ambitieux eut été que les statuts de la banque Allemande aient inclus que la nouvelle monnaie Allemande soit basée totalement sur la Sterling : il y avait de fortes preuves d'ailleurs que ce fut le but recherché par Norman (Lettre de Norman du 16 Juin 1924 à Strong ou Norman exprime son sentiment sur la stabilisation financière Allemande , that the European currencies were « better stabilised on Sterling than on Gold... » et Hamlin Diary 9 Juin 1924.

Schacht quant à lui jouait un jeu aussi trouble , tantôt semblant affirmer qu'il voulait que la monnaie Allemande fut adossée à la Sterling (Hamlin Diary 9 Juin 1924 selon Kemmerer) , surtout quand Norman était dans les parages, une autre fois laissant supposer qu'il fut plus judicieux qu'elle fût liée à l'or (Message de Young à Warburg, 14 Mars 1924 Young papers). Au final ce fut à Schacht et Kindersley (le membre anglais du comité des experts) d'établir un draft des statuts de la banque ,malgré les efforts de Norman ils furent rédigé de façon plus favorable au point de vue Américain qu'Anglais. La couverture requise contre l'émission des billets de banque fut montée à 40% parmi laquelle pas plus ¼ de la couverture ne devait être en monnaies étrangères le reste devant être en or. Mais Norman n'était pas fou , pour gagner la guerre il fallait savoir perdre quelques batailles tout en manoeuvrant dans l'ombre. Il ne fallait pas mettre en danger le plan Dawes, en se mettant à dos les USA ou le sentiment était si en faveur d'une base or (et donc dollar) ,quand de plus il avait des raisons d'espérer que la Reichsbank maintiendrait et augmenterait probablement ses réservés de Sterling , tout du moins dans le court terme.

Quel était l'intérêt Allemand en effet ??, Si Schacht avait l'assurance que l'Angleterre était plus que déterminée , et elle l'était ! , à arrimer le Sterling à un taux de £= $4,867 alors que le taux était aux environs de £= $4,32 en Juin 1924 : c'était tout bénéfice pour l'Allemagne que de garder des Sterlings et faire une belle plus value. Comme la stabilisation Allemande mettait une pression très importante sur l'Angleterre pour que cette dernière stabilise au plus vite, quoi de plus normal entre amis financiers que de donner à entrevoir la stratégie de gain de la part de Norman à Schacht. De plus l'Allemagne pouvait acheter l'or au USA , il suffisait qu'elle utilise le prêt issu de Plan Dawes qui avait été souscrit à New york pour moitié et qu'elle le transforme en or , les autorités américaines ne demandant que cela afin de faire diminuer leur stock de métal qu'elles jugaient trop important.


Le flux et reflux des fonds spéculatifs

Les fonds spéculatifs qui avaient fuit l'Europe dans les années précédentes dans les méandres de l'implosion Allemande quittaient à présent New York . Encouragés par la probabilité d'une appréciation de la livre Sterling et par les taux d'intérêts relatifs Anglais plus élevés qu'aux USA, ils prenaient la direction de Londres. Du point de vue Américain ce retour à l'or de l'Angleterre était donc intéressant, tout du moins vu par Strong. D'une part l'élimination des variations des taux de change permettait une stabilisation de commerce international , qui irait en s'accroissant et donc plus de demande pour les produits américains , en particulier des productions agricoles de l'autre New York affirmerait son pouvoir de centre financier international . Par le biais du maintient des taux aux USA plus faibles qu'en Angleterre , New York deviendrait le centre ou le monde viendrait emprunter (journal d'Hamlin 22 mai 1924), enfin le risque d'inflation s'atténuerait une fois la quantité d'or réduite.

Pour Norman c'était le point culminant des efforts d'après guerre : Restaurer Londres comme un point focal du commerce international et de la finance. Et sa vision était partagée dans l'opinion publique Britannique . Depuis 1918 et le report Cunliffe les jalons avaient été jettés , et parmi les partis politiques les oppositions à cette vision étaient mien maigres .

La gentille comptine « Je me tiens , tu me tiens par la barbichette » était revisitée mais qui tenait l'autre ???


A vrai dire le débat sur le retour à l'or de l'Angleterre n'avait jamais vraiment existé, ou plutôt si débat il y eut ce n'était pas sur le si mais plutôt sur le quand ?, et en cette fin de 1924 les éléments commencaient à être bien favorables. En Septembre 1924 un rapport préliminaire émanant du comité Chamberlain apparu. Bien qu'il avançait l'idée du retour à l'or au taux £= $4,867 il ne plût guère à Norman car la date de ce retour n'apparaissait pas clairement. Ce rapport suggérait que le gouvernement de sa gracieuse majesté attende au moins 12 mois afin que les prix USA montent (afin qu'il n'y ait pas une deflation pénible en Angleterre) et qu'il fallait attendre l'automne 1925 pour regarder de nouveau la situation. Pour Norman le monde entier basait déjà ses attentes sur la date de la fin de l'embargo sur l'or qui était prévue fin 1925. Par conséquent ne pas fixer de date , même à une date postérieure et laisser un doute planer était dangereux (Bank of England Sayers page 140).

Mais de nouveaux développements à l'Automne 1924 allaient hâter quelque peu le tempo . La victoire du parti conservateur à l'élection d'Octobre et les « pressions » américaines furent les déclencheurs de l'accélération. En Novembre 1924 , un expert de la monnaie , un banquier Hollandais Vissering et l'économiste Américain Kemmerer étaient en route vers l'Afrique du Sud afin de prodiguer des conseils au gouvernement Sud Africain pour un retour à l'or. Pour Norman , qui était opposé à ce que l'Afrique du Sud agisse indépendamment l'invitation du gouvernement Sud Africain de conseillers étrangers était durement ressenti. Il fallait agir car l'empire pouvait se fissurer. Norman cependant , fidèle à lui-même et usant de sa propension à la manipulation distillait le message de ne pas vouloir se hater , surtout auprés de Strong (Central Bank Cooperation Clarke page 79). Strong pressait fortement pour que l'Angleterre revienne à l'or , Norman au regard de la position de son compagnon de jeu et afin d'avoir une position de négociation semblait ne pas vouloir brusquer les événements . Cette attitude était probablement de la poudre aux yeux même si il est vrai qu'il avait à convaincre à la fois le politique et certains à l'intérieur de la banque d'Angleterre.

Norman alla rencontrer le nouveau Chancellier un certain Winston Churchill le 07 Novembre 1924 et bien qu'il eut préférré avoir à faire à Snowden (le précédent) qu'il avait déjà envouté, il commença son travail bien rodé de séduction. Churchill outre le free trade qu'il défendait était tout à fait ouvert et dans une attitude receptive d'un élève ne connaissant pas grand-chose et voulant apprendre (Boyle , Montagu Norman p179). IL est de notoriété publique que Churchill , n'avait pas un goût prononcé pour les affaires financières et s'en remettait énormément à ses conseillers, il demandait simplement des justifications détaillées pour chacune des décisions qu'il devrait prendre.

I wish [Montagu Norman, Philip Snowden and the monetary experts] were admirals or generals. I can sink them if necessary. But when I am talking to bankers and economists, after awhile they begin to talk Persian, and then they sink me instead." -1924, Churchill to Robert Boothby

Norman partit donc direction les USA, bien évidement drappé dans le voile du secret. L'opinion publique Anglaise ne fut jamais au courant ni du résultat ni encore moins du but de ce voyage (cf Montagu Norman Boyle p 187) , il y arriva le 28 Décembre 1924 , à cette date que ce soit Churchill comme Norman avait décidé semble t'il d'un retour « rapide » à l'or (British Monetary Policy Moggrigde P 58) , il fallait selon lui en regard du taux de change américain et du maintient à sa parité , obtenir un prêt aux USA afin de maintenir la position stable . Il avait exposé sa stratégie au comité du Trésor en Novembre 1924. Il est à noter que ses plus proches collaborateurs et conseillers (Fisher , Niemeyer et Addis) ne voulaient pas entendre parler de ce prêt. Qu'à cela ne tienne l'autocrate Norman n'avait que peu de cure de leur conseil.

Norman présenta la situation aux Américains (Strong et JP Morgan) en clair obscur comme toujours , son gouvernement n'ayant pas fait de choix sa démarche fût présenté comme exploratoire, elle était en réalité excessivement réelle comme les événements le montreront par la suite. Strong au cours de cette visite attira l'attention de façon tout à fait prémonitoire sur les éventuelles faiblesses du nouvel édifice en construction . La situation qu'ils vivaient était particulièrement propice et il se pourrait que ce ne soit pas forcement toujours le temps le cas :

  • Le volume des demandes étrangères de prêts en 1924 à New York avait été particulièrement important du fait de conditions particulières qui ne pourraient pas être répétées (le différentiel de taux entre Londres et NY) : toute baisse à NY se répercuterait par une demande à Londres et mettrait le Sterling sous pression
  • Le volume des paiements des dettes de guerre aux USA irait en augmentant et ces paiements devraient être réalisé coûte que coûte
  • Dans un pays jeune comme l'Amérique , qui était enclin à des tendances spéculatives la FED devrait augmenter les taux de temps à autre de façon à calmer les ardeurs (la situation intérieure était prépondérante à l'internationale)

C'est alors que Norman négociait en Janvier 1925 avec les américains en particulier les conditions de prêts , le gouvernement Sud Africain annonca que sa monnaie serait de nouveau convertible en or le 1er Juillet 1925 (telegramme de Lubbock à Norman 13 Janvier 1925) . Inutile de préciser que désormais il y avait le feu. Norman présenta la situation Anglaise à Strong comme un « consensus général sur le fait d'implémenter ce retour à l'or avec une opposition dans le détail » (Norman à Strong 24 Janvier 1925).

Cette urgence du retour à l'or selon Norman n'était pas tout à fait partagée , et encore moins l'utilisation de prêts Américains. Charles Addis se referrant aux propositions de Norman les nomma de « cette aventure » , selon lui les crédits s'ils devaient être utilisés , rendrait la position d'équilibre encore plus compliquée car il faudrait les rembourser. Pour lui il fallait retourner à l'or le 1er janvier 1926.

Pour Norman le retour à l'or qui était le but ultime depuis la fin de la guerre était proche , mais il fallait que la décision fut politique . Manipuler et imposer ses vues sans jamais apparaitre en pleine lumière sa méthode était elle claire.

New York , pour des raisons purement amécaines augmenta les taux , Norman suivi aussitôt pour faire passer le taux de la banque d'Angleterre de 4% à 5%. Mais dans l'atmosphère de 1925, un taux plus élevé semblait ne pas faire de mal au volume du commerce et de l'emploi. Cette montée des taux ne rencontra donc pas la levée de bouclier des autorités politiques ce qui a postériori était tout à fait notable puisque la banque d'Angleterre quelques temps plus tard reconnue qu'une augmentation importait énormément surtout au dela de 4% (Mac Millan evidence QU 3492) , en 1925 rien ne devait s'opposer au retour du Sterling à l'or au taux fixé.

Tout menait donc à un retour à l'or , pourtant l'animal politique qu'était Churchill ne demandait qu'à être absolument convaincu et instinctivement quelquechose lui échappait. Il rédigea un memorandum destiné aux « sachants » des arcanes de la finance à savoir Norman , Niemeyer , Bradbury et Hawtrey qui s'intitule dans les archives du trésor « L'exercice de Mr Churchill » . IL listait l'ensemble des points contre un retour à l'or . 

Traduisait il la façon de décider de Churchill, en testant les arguments de ceux qui étaient favorable au retour à l'or ou mettait il en lumière les pensées profondes de Churchill ??

 le débat est ouvert cependant il reste évident que Churchill ne maitrisant pas totalement son sujet était nerveux . Il expliqua a quelque uns de ses amis proches , pourquoi il ne manquait pas de s'inquiéter : « Quand j'ai tenu d'autres postes sous la Couronne , j'arrivai toujours à savoir où j'étais. Ici je suis perdu et réduit à tâtonner (Norman , Boyle p189). Norman lui savait ou il allait et son journal montre au combien il était important de mettre en œuvre son pouvoir de persuasion au nombre de visites qu'il rendit à Churchill dans les premiers mois de 1925. La pression montait , elle montait d'autant plus que Norman avait donné une limite à la prise de décision autour de cette date.

C'est donc au cours d'un diner le 17 mars 1925 auquel assistèrent Grigg le secrétaire de Churchill , Churchill , les contres au retour à l'or : Mc Kenna , Keynes et les pour au retour Niemeyer et Bradbury que Churchill pris finalement la décision . Comme l'or , Norman brilla par son absence , fût il convié à cette réunion au sommet probablement pas ........ N'est pas Norman qui veut . Toujours est il que comme l'affirma Randolph Churchill , le fils de Churchill qui était encore bien jeune à cette époque , il se souvint bien d'un WE avant Pâques 1925 ou un étrange monsieur d'une voix prégnante proféra une incantation quasi magique à l'oreille de son père lors d'une visite : 

« I will make you the golden Chancellor » (Norman , Boyle p189).